La RE2020, réglementation environnementale en vigueur

mercredi 1 novembre 2023 | L'éco-construction

Sommaire
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En 2022, la France est pas­sée d’une régle­men­ta­tion ther­mique (RT2012) à une régle­men­ta­tion envi­ron­ne­men­tale nom­mée RE2020. Dorénavant, les construc­tions neuves ne seront plus éva­luées uni­que­ment sur des cri­tères de per­for­mance éner­gé­tique mais éga­le­ment sur des cri­tères d’impact envi­ron­ne­men­tal, notam­ment l’émission de CO2 durant l’ensemble du cycle de vie.
Après 5 années d’expérimentation de la nou­velle métho­do­lo­gie d’évaluation Energie-Carbone, la RE2020 a été déployée pour les bâti­ments rési­den­tiels le 1er jan­vier 2022 et pour les bâti­ments de bureaux et d’enseignement depuis le 1er juillet 2022. 

RE2020

La RE2020 vise 3 objec­tifs :

  • Renforcer la sobrié­té éner­gé­tique et la décar­bo­na­tion de l’énergie
  • Diminuer l’impact car­bone de la construc­tion
  • Garantir le confort d’été

Des nouveautés par rapport à la RT2012

La RE2020 s’appuie d’une part sur l’ancienne RT2012 (coef­fi­cient de consom­ma­tion en éner­gie pri­maire Cep, indi­ca­teur bio­cli­ma­tique Bbio) avec plus d’exigence, mais intro­duit éga­le­ment des nou­veau­tés :

- Le Cep,nr : coef­fi­cient de consom­ma­tion en éner­gie pri­maire non renou­ve­lable, avec un seuil maxi­mum à ne pas dépas­ser

- IC éner­gie : impact sur le chan­ge­ment cli­ma­tique asso­cié aux consom­ma­tions d’énergie pri­maire en kg eqCO2/m2

- IC Construction : impact sur le chan­ge­ment cli­ma­tique asso­cié aux « com­po­sants » + « chan­tier » en kg eqCO2/m2

- DH : degré-heure d’inconfort : niveau d’inconfort per­çu par les occu­pants sur l’ensemble de la sai­son chaude

Valeurs seuils de la RE2020

Volet énergie de la RE2020

Sur le volet éner­gie, les exi­gences de concep­tion bio­cli­ma­tique (Bbio) sont ren­for­cées de 30 % par rap­port à la RT2012 ce qui néces­si­te­ra notam­ment une iso­la­tion ren­for­cée du bâti et une qua­si-dis­pa­ri­tion des ponts ther­miques.

Encourager les énergies renouvelables

Désormais, afin d’avoir une vision plus large, les 5 postes régle­men­taires (chauf­fage, eau chaude sani­taire, ven­ti­la­tion, éclai­rage et auxi­liaires de dis­tri­bu­tion) sont com­plé­tés par les consom­ma­tions d’électricité des par­ties col­lec­tives (ascen­seurs, éclai­rage et ven­ti­la­tion des par­king, etc.). En paral­lèle, un nou­vel indi­ca­teur pre­nant en compte uni­que­ment les consom­ma­tions d’énergie d’origine non renou­ve­lable (Cep, nr) a été créé, obli­geant en quelque sorte à inté­grer des éner­gies renou­ve­lables dans tout nou­veau pro­jet.

Panneaux solaires photovoltaïques. photo : Monabee
Panneaux solaires pho­to­vol­taïques. pho­to : Monabee

Garantir la prise en compte du confort d’été

L’une des nou­veau­tés est qu’en cas d’inconfort d’été consta­té, le moteur de cal­cul pren­dra en compte des consom­ma­tions de cli­ma­ti­sa­tion « fic­tive », don­nant ain­si un rôle cen­tral à la ges­tion des pro­tec­tions solaires. Sujet à de nom­breux débats, le coef­fi­cient de conver­sion de l’électricité passe de 2,58 à 2,30, favo­ri­sant cette éner­gie dans le cal­cul. Les seuils régle­men­taires d’émissions de CO2 liées à la consom­ma­tion éner­gie des bâti­ments rési­den­tiels sont ambi­tieux, ce qui a pour consé­quence que l’usage des éner­gies fos­siles et notam­ment le gaz ne sera plus pos­sible dès 2022 pour les mai­sons indi­vi­duelles et 2025 pour les loge­ments col­lec­tifs. Les réseaux de cha­leurs auront jusqu’en 2028 pour ver­dir leur mixte éner­gé­tique.

Pour en savoir plus et obser­ver une simu­la­tion sur un même bâti­ment, ren­dez-vous dans le n°92 !

Volet carbone de la RE2020

Sur le volet car­bone, l’état encou­rage les don­neurs d’ordre à inté­grer mas­si­ve­ment les maté­riaux bois et bio­sour­cés dans l’optique de rendre com­pa­tible la nou­velle RE2020 avec la stra­té­gie natio­nale bas-car­bone (SNBC). Ainsi, les seuils car­bone seront ren­for­cés tous les 3 ans. Toutefois, le retour d’expérience de l’expérimentation Energie-Carbone a conduit à quelques adap­ta­tions à savoir :

  • Les études ACV seront réa­li­sées de façon dyna­mique afin de consi­dé­rer la tem­po­ra­li­té des émis­sions et les effets de sto­ckage car­bone
  • Le lot infra­struc­ture sera limi­té à 40 kgCO2/m² pour prendre en compte les contraintes liées à la nature du sol défa­vo­rable
  • Le fac­teur d’émission de l’électricité pas­se­ra de 210 à 79 gCO2/kWh

Finalement, les seuils car­bone exi­gés pour les bâti­ments rési­den­tiels seront proches du niveau Carbone 1 de l’Energie-Carbone.

Volet confort d’été de la RE2020

Sur le volet confort d’été, la métho­do­lo­gie fait peau neuve. Il s’agit désor­mais de cal­cu­ler le nombre d’heures cumu­lées (DH) où la tem­pé­ra­ture inté­rieure dépasse 30°C le jour et 28°C la nuit. En des­sous de 350 DH, le bâti­ment est tota­le­ment adap­té aux périodes de fortes cha­leurs. Au-des­sus de 1250 DH, le bâti­ment n’est plus conforme. Entre ces deux valeurs, des péna­li­tés s’appliqueront sur le cal­cul de la per­for­mance éner­gé­tique.

Pour en savoir plus sur le confort d’é­té en RE2020 ren­dez-vous dans le n°90 !

En savoir plus

UNE PRISE EN COMPTE DANS LE BBIO

La prise en compte du confort d’é­té est déjà visible dans le cal­cul du Bbio, tou­jours sans uni­té, mais expri­mé par m², qui tra­duit la bonne concep­tion et la per­for­mance du bâti : Bbio = (2 x besoins de chauf­fage) + (2 x besoins de froid) + (5 x besoin d’éclairage). Améliorer le Bbio passe donc déjà par un tra­vail sur l’enveloppe, l’isolation, la qua­li­té ther­mique, l’inertie, la com­pa­ci­té, l’orientation, les pro­tec­tions solaires et bien sûr l’éclairage natu­rel (coef­fi­cient 5). Rappelons que ce Bbio doit être infé­rieur à Bbio_max, lui-même impac­té par un bbio_max moyen variable selon la typo­lo­gie de bâti­ment, l’aménagement ou non des combles, la sur­face pour les loge­ments col­lec­tifs et les zones de bruit. (Voir notre article sur la RT2012)


L’INDICATEUR DEGRÉS-HEURES

Le scé­na­rio de la RE2020 repose sur de nou­velles don­nées météo (de jan­vier 2000 à décembre 2018) et intègre une séquence cani­cu­laire en se réfé­rant à celle de 2003 pour le cal­cul de l’inconfort d’été. L’indicateur Degrés-heure (DH) est la dif­fé­rence entre la tem­pé­ra­ture du bâti­ment (appe­lée tem­pé­ra­ture opé­ra­tive du groupe) et la tem­pé­ra­ture de confort adap­ta­tif. En effet, au bout de quelques jours de sur­chauffe, notre corps s’adapte et nous res­sen­tons le même incon­fort à 28° C le jour qu’à 26 °C la nuit. L’indicateur DH prend donc en compte les condi­tions cli­ma­tiques des jour­nées pas­sées, il per­met de pro­po­ser un niveau de confort rela­tif et donc plus proche de ce qui est effec­ti­ve­ment res­sen­ti par les habi­tants.

Le DH final est un cumul de chaque Degrés-heures incon­for­tables sur l’année. Plus concrè­te­ment, cet indi­ca­teur s’apparente à un comp­teur qui cumule, sur l’année, chaque degré res­sen­ti incon­for­table de chaque heure.


DES MODULATIONS

Afin d’être plus proche de la réa­li­té, un scé­na­rio d’occupation a été inté­gré aux cal­culs. Il est déci­dé par conven­tion qu’un loge­ment est inoc­cu­pé de 9h à 17h30 du lun­di au ven­dre­di, sauf le mer­cre­di après-midi. Durant cette période d’inoccupation les Degrés-heures ne sont pas pris en compte. Les bâti­ments cli­ma­ti­sés sont étu­diés hors cli­ma­ti­sa­tion.

Schéma expliquant le calcul des degrés-heures de la RE2020


DES SEUILS

La RE2020 défi­nit un seuil haut, au-delà duquel le bâti­ment n’est pas régle­men­taire, un seuil régle­men­taire qui assure le confort d’été. Entre les deux seuils, on consi­dère qu’il fau­dra sans doute ins­tal­ler un jour une cli­ma­ti­sa­tion, ce qui va se tra­duire par une péna­li­sa­tion for­fai­taire du Cep. En quelques sortes, on éva­lue une consom­ma­tion de froid fic­tive.

En mai­son indi­vi­duelle, un DH de plus de 1250°C.h sera non régle­men­taire (soit un dépas­se­ment de 2 degrés de la tem­pé­ra­ture de confort pen­dant 25 jours com­plets).

Le seuil bas est à 350°C.h (soit un dépas­se­ment de 2 degrés pen­dant 7 jours). Une excep­tion est faite pour les mai­sons clas­sées en caté­go­rie 2, consi­dé­rées comme péna­li­sées par leur situa­tion : c’est par exemple des fenêtres de loge­ments cli­ma­ti­sés que l’on ne pour­ra pas ouvrir à cause du bruit (zone BR2 ou BR3) situés en zones H2d ou H3 (PACA) et à une alti­tude infé­rieure à 400 m. Pour cette caté­go­rie 2, le seuil haut est por­té à 1850°C.h. En loge­ment col­lec­tif, s’ajoutent d’autres modu­la­tion comme la sur­face du loge­ment ou la pré­sence ou non de zone tra­ver­sante (plus facile à ven­ti­ler). 

Le bois et la RE2020

Maison bois : réalisation Stéphanie & Damien GALLET Architectes
Stéphanie & Damien GALLET Architectes

L’ACV dynamique

Concernant l’impact car­bone de l’énergie, celui-ci passe de 210 g à 79 g pour l’électricité du réseau (-62 %), et reste à 24 g ou 30 g pour la bio­masse à com­pa­rer avec des valeurs de 227 g et 324 g pour les éner­gies fos­siles. Le bois, comme source d’énergie indi­vi­duelle ou uti­li­sé dans un réseau de cha­leur, est consi­dé­ré comme 100 % renou­ve­lable. La bio­masse est bien valo­ri­sée avec un impact 2 fois moins impor­tant en CO2 sur l’indicateur IC éner­gie.

Le cal­cul de l’impact du bâti­ment est cal­cu­lé par un logi­ciel d’ACV (Analyse de Cycle de Vie) sur une durée de vie de 50 ans en addi­tion­nant les impacts sur l’ensemble de la vie de chaque com­po­sant issus de sa FDES (concep­tion, construc­tion, exploi­ta­tion, fin de vie) et mul­ti­pliés par les don­nées quan­ti­ta­tives du pro­jet (métrés, quan­ti­tés, cubages…). Ceci pour cal­cu­ler l’impact total du bâti­ment sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, le but étant de réduire les émis­sions de gaz à effet de serre (GES), d’évaluer son empreinte car­bone et de valo­ri­ser l’utilisation de maté­riaux bio­sour­cés.

La RE2020 consi­dère que plus l’é­mis­sion de CO2 est tar­dive, moins elle aura d’im­pact sur les 50 ans du cycle de vie. Ceci favo­rise les maté­riaux bio­sour­cés qui libèrent en fin de vie le car­bone sto­cké pen­dant leur phase de crois­sance. Ce sto­ckage tem­po­raire est valo­ri­sé. Ainsi, une poutre en bois mas­sif qui aurait un impact de 700 kgeqCO2 avec une ACV sta­tique, ver­ra son impact réduit à seule­ment 400 kgeqCO2 en ACV dyna­mique.

En RT2012, on consi­dère qu’un bâti­ment émet envi­ron 1 t/m2 eqCO2 : il fau­dra l’abaisser de 26 % dès aujourd’hui et de 50 % en 2031.

Les biosourcés : réduire le poids carbone des constructions

Pour autant le bois ne résou­dra pas tout ! En effet, 55 % des émis­sions de CO2 sont dues aux lots des fon­da­tions, infra­struc­tures, super­struc­tures et maçon­ne­rie… Mais l’impact d’une poutre en lamel­lé-col­lé de 7 m est 5 à 6 fois moindre que son équi­valent en béton ou en acier sur 50 ans (en ACV sta­tique). Une com­pa­rai­son de 100 m2 d’isolants bio­sour­cés et conven­tion­nels sur un pro­jet don­né per­met de bien visua­li­ser l’intérêt de la fibre de bois ou de la paille par rap­port au poly­uré­thane ou au verre cel­lu­laire par exemple.

Enfin, si l’on com­pare les murs ossa­ture bois/ brique / béton armé, en ACV dyna­mique, l’impact du mur bois est de 30 à 70 fois moins impor­tant que celui de son équi­valent en béton armé, mal­gré son relar­gage envi­sa­gé en fin de vie.

Comparaison de l'émission de carbone (ACV dynamique) pour différents types de murs extérieurs

Le bois : d’autres atouts

Outre l’effet de sto­ckage tem­po­raire de car­bone, rap­pe­lons que les aspects « filière sèche » et « haut degré de pré­fa­bri­ca­tion » réduisent le temps de chan­tier et le nombre de rota­tions des livrai­sons et limitent la pro­duc­tion de déchets. De même, la struc­ture bois étant plus légère, elle néces­site par­fois des fon­da­tions moins lourdes et géné­ra­le­ment des camions moins impo­sants, ce qui allè­ge­ra le poids car­bone du chan­tier.

Retrouvez l’ar­ticle com­plet “Construction bois et RE2020” dans notre n°89 !

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