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Interview : Claire Deloeuil, présidente de l’association CLT France

Construction en KLH à Melbourne

L’association française du panneau de bois lamellé croisé a été créée en juillet 2014. Cet organisme rassemble des acteurs professionnels de divers horizons : industriels français, allemands, autrichiens, scandinaves... mais aussi promoteurs, constructeurs, bureaux d’étude. Bref, un véritable « think tank » qui a pour vocation « d’accompagner le développement de ce système constructif sur le marché français». Claire Deloeuil, responsable développement de la société Sacba et présidente de CLT France, répond à nos questions sur cette solution constructive qui prend son essor sur le marché français.

Interview : Claire Leloy 

 

Habitat Naturel : Comment définiriez-vous le CLT ?

Claire Deloeuil : Le CLT est un panneau à usage structurel (murs, planchers, toitures) composé de lames de bois massif croisées perpendiculairement. Mais il s’agit avant tout d’un système constructif. J’insiste sur le terme « système constructif» car il implique de revoir la manière dont on envisage le bâtiment dès l’amont et va de pair avec une conception et un montage particuliers. Dans la majeure partie des cas, le CLT se présente en panneaux de 3,5 mètres de hauteur pour 15 à 20 mètres de long selon les fabricants. Le nombre de plis, généralement 3 en murs, davantage en plancher, dépend des reprises de charge appliquées aux panneaux. Le marché se situe majoritairement sur des ouvrages de R+1 à R+3. Il est par ailleurs possible d'aller bien au-delà du R+3 et d'envisager la construction verticale en augmentant le nombre de plis et les épaisseurs en conséquence.

Habitat Naturel : L’offre se diversifie en matière d’essences... Pourquoi ?

Claire Deloeuil : L’impact est surtout esthétique : il y a évidemment une différence d’aspect entre un CLT d’épicéa et un CLT de douglas. Ce qui peut présenter un intérêt pour la face intérieure

si elle n’est pas revêtue. Le pourquoi de cette multiplicité des essences réside dans la volonté d’exploiter les ressources forestières disponibles localement et de redynamiser les filières locales, ce qui présente également l’avantage de limiter les transports (et donc les coûts et pollutions engendrés).

Habitat Naturel : Cette variété des essences entraine-t-elle des variations en matière de performances mécaniques ou de coûts du CLT ?

Claire Deloeuil : Les différentes essences utilisées ne pénalisent pas le coût du CLT qui reste stable. Elles présentent des caractéristiques mécaniques sensiblement équivalentes. Même des bois courts pourront être utilisés, il y aura simplement davantage d’aboutages. La seule limite vient des colles et de leur adéquation avec les essences.

Habitat Naturel : Concernant les assemblages des lames... on trouve aujourd’hui des panneaux collés mais aussi des panneaux tourillonnés ou assemblés par vis. Quelle nuance ?

Claire Deloeuil : Il s’agit de deux gammes de produits différentes. Le panneau cloué met en avant l’absence de colle. En revanche, il ne présente pas la même résistance mécanique et ne peut, en conséquence, être mis en œuvre comme plancher, dans un contexte de construction verticale.

Habitat Naturel : Qu’est-ce qui distingue le CLT des autres systèmes structurels bois ?

Claire Deloeuil : Je parlerais plus volontiers de complémentarité plutôt que de distinction. CLT et ossature bois ne s’opposent pas. Nous disposons aujourd’hui en construction bois d’une gamme de produits complémentaires permettant de proposer des solutions pour toutes sortes de bâtiments. Par exemple, pour répondre à un besoin de modularité sur un ouvrage tertiaire on pourra proposer une solution mixant système poteau-poutre et CLT.

Habitat Naturel : Le CLT vous semble-t-il destiné à enrichir l’offre de la construction bois ou est-il voué à s’implanter sur un marché plus vaste ?

Claire Deloeuil : Il offre une alternative aux matériaux utilisés aujourd’hui... notamment au béton. Mais le CLT se prête avantageusement à la mixité, avec les autres systèmes bois comme avec le béton. A partir du moment où une solution bois/ béton est envisagée, le CLT apporte des réponses véritablement intéressantes. De même, la verticalité offre un nouveau marché au CLT qui présente les caractéristiques nécessaires à la construction verticale. Sur ce point, nous suivons de près les avancées d’ADIVbois et du Plan Bois de la Nouvelle France Industrielle (Bâtiments bois de Grande Hauteur, Ndlr.).

Habitat Naturel : Quels atouts le CLT met-il en avant ?

Claire Deloeuil : En premier lieu sa capacité à être préfabriqué, qui va de pair avec une grande rapidité d’exécution ; un important stockage de carbone qui répond à une problématique environnementale de plus en plus présente ; sa légèreté qui facilite sa mise en œuvre notamment pour des surélévations. Il à noter, sur ce dernier point, que dans la plupart des grandes villes, les sols qui restent disponibles sont très souvent de mauvaise qualité... le CLT apporte donc une solution pertinente.

Habitat Naturel : Pouvez-vous nous donner quelques repères en termes de coûts ?

Claire Deloeuil : Le chiffrage est très délicat pour plusieurs raisons : on parle ici de structure et non du coût global de la construction, par ailleurs ce coût dépend éminemment de la conception et du type de bâtiment. En résumé, si la conception inclut dès l’amont du projet le CLT, le chiffrage peut être pertinent.

Habitat Naturel : Qu’est-ce qui motive les maîtres d’ouvrage à aller vers une solution CLT ?

Claire Deloeuil : L’absence de finitions intérieures et l’augmentation de surface disponible, qui présentent un impact économique positif. Dans une démarche tenant compte du coût global à moyen terme, le confort thermique et l’allègement des charges énergétiques sont également des arguments récurrents.

Habitat Naturel : La France s’est impliquée tardivement sur ce marché. Qu’est-ce qui explique ce retard ?

Claire Deloeuil : Le CLT est un procédé constructif innovant... Aussi, il faut tout d’abord souligner que l’industrie du bois en France a longtemps souffert d’une image artisanale et non industrielle. C’est en train de changer. Il faut ensuite ajouter que des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche sont bien plus candidats à l’innovation du fait d’un système réglementaire plus souple : ils ont la possibilité de faire beaucoup plus d’expérimentations. En France, il faut avant toute chose un Atex... qui réclame un investissement certain.

Habitat Naturel : Aujourd’hui, alors que les industriels français se mettent à produire du CLT... quelle différence avec les grands acteurs européens ?

Claire Deloeuil : C’est une toute autre dimension. Tous les français qui vont se lancer sur le CLT sont des lamellistes, à l’image de Belliard, Monnet-Sève, Sacba,... Ce, parce qu’ils ont le savoir-faire, qu’ils connaissent déjà les colles appropriées, disposent dans leurs ateliers des outils de production et maîtrisent le dimensionnement et les calculs sur ce type de structures. Les étrangers eux, ne font que du CLT : ce sont généralement des scieurs qui décident de valoriser différemment leur ressource.

Habitat Naturel : Pourquoi l’organisation CLT France intègre à la fois des fabricants français et des fabricants étrangers ?

Claire Deloeuil : CLT France a vocation à être représentatif du marché. Hors, ce sont ces fabricants européens qui ont développé le CLT. Pour être représentatif, il fallait absolument intégrer ces industriels, par ailleurs impliqués sur le marché français. Je souligne également que CLT France œuvre pour la promotion « du CLT en France » quel qu’il soit.

Habitat Naturel : Autre fait notable, l’association rassemble des acteurs bien au-delà des fabricants...

Claire Deloeuil : L’association réunit en effet promoteurs, architectes, concepteurs de logiciels, industriels des systèmes de fixation, fabricants français et fabricants européens (qui eux mêmes ont d’autres problématiques que les nôtres ce qui tire les débats vers le haut)... Cela nous permet d’avoir une perception complète du marché pour apporter des réponses concrètes aux problématiques de terrain. Si un promoteur a telle contrainte et tel besoin, nous réfléchissons collectivement pour apporter la solution avec le CLT. 

Ligne de fabrication de CLT à Tonneins, dans l’usine SACBA. 

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